Dictionnaire de mots
en alphanumérique
Introduction
Nous
proposons ici des dictionnaires de mots ou d'expressions composés
à l'aide de lettres qui ne sont utilisées que pour leur valeur
phonétique.
Par exemple "ir" = "hier".
C'est l'une des bases de la composition des messages appelés
texto ou sms.
Toutefois, ici, nous excluons absolument tout autre mode de composition.
Non seulement sont exclus les "smileys", mais aussi les mots
qui mélangent usage normal (ou lié) et usage phonétique
pur
du genre : "Cquoi?" ou "CKi?".
Nous souhaitons rendre service non seulement aux "accros" de textos
mais aussi à tous ceux qui, dans la ligne de l'Oulipo, aiment composer
des textes selon des règles "inhabituelles", voire "non-euclidiennes".
Vos contributions quant à des erreurs, ou des mots potentiels
qui ne figureraient pas dans ces dictionnaires sont les bienvenues.
Introduction 2 (longue)
Avec les téléphones mobiles, et la vogue de la transmission
de petits messages, appelés textos ou sms, on fait de plus en plus
usage de messages composés phonétiquement. Par exemple :
lm
= elle aime
Mais là, tout est bon! Tantôt les mots sont écrits
en entier dès lors qu’ils sont simples et courts, mais avec généralement
une orthographe simplifiée (KI? : qui ?), tantôt ce sont des
lettres utilisées pour leur seule valeur phonétique (M :
aime), tantôt ce sont des initiales qu’il faut comprendre (CAD :
c’est à dire), tantôt enfin on utilise des signes du clavier
pour composer des smileys, et tout cela se mélange gaiement .
La plus grande confusion règne, chacun
fait un peu n’importe quoi, pour le plus grand bonheur des usagers certes.
D’ailleurs, ce langage aisé et débonnaire permet à
tout chacun de transcrire un vers de Racine sur les messages de son téléphone
portable avec plus de facilité qu’il n’en aurait pour l’orthographier
correctement (1). .
C’est tout autre chose qui est proposée ici avec l’usage de l’alphabet
parlant, bien connu depuis longtemps.
D’emblée, on en énonce l’unique règle qui
va le différencier fondamentalement des langages évoqués
plus haut, et en constituer toute la sévàre curiosité
: les signes alphabétiques utilisés ne peuvent en aucun cas
composer des syllabes. La lecture naturelle est ici, par principe, formellement
interdite! "écla" peut se lire “et c’est Ella!”ou “et c’est
elle, là” mais il est interdit de le lire comme “éclat”.
C’est la règle de base.
L’alphabet parlant a la réputation d’offrir vraiment trop
peu de possibilités pour accéder au statut de travail poétique,
comme il y en a tant, depuis les bouts rimés jusqu’aux lipogrammes.
Tout au plus pouvait-on composer quelques phrases (2).
Il est aussi utilisé pour créer des sigles : NRJ
(la station de radio), ou bien des pseudonymes, Hergé (RG) étant
le plus célèbre.
Sans oublier la fameuse revue d'art italienne FMR de Franco Maria
Ricci.
Il y a eu déjà quelques essais littéraires
réalisées en alphabet parlant : “l’alphabet des aveux” de
Louise de Vilmorin, et un court “drame en trois actes” de Perec - bien
sûr! (3). Mais de telles tentatives sont rarissimes.
On ne passera pas non plus sous silence le fameux 'LHOOQ', une œuvre
d'art de 1919 de Marcel Duchamp, parodiant la Joconde (4).
Après avoir établi un recensement des mots et expressions
qu’il était possible de former selon cette méthode, nous
avons vite été surpris par leur grand nombre (plusieurs milliers).
Une première recension de la sorte a déjà été
organisée en 1996 visible au site d'Eric Angelini [Bestiaire
ébloui des lexies tératoïdes].
La nôtre vient en complément. Comme on le verra, elle
a cette particularité d'ajouter à l'utilisation des lettres,
celle des chiffres.
Voici donc ces mots et expressions classés sous forme d'un Dictionnaire,
que nous mettons à la disposition de quiconque voudrait composer
des textes (appelés texticularia) de cette manière. (Toutefois
ces dictionnaires sont enregistrés, et leur reproduction intégrale
est réservée.).
C'est à l'aide de ce dictionnaire qu'ont été composés
les 36 petits poèmes de notre recueil "Texto
poèmes".
Mais d'abord quelques précisions sur la façon dont sont composés les mots.
Les signes utilisés.
Tout d’abord, ce sont les lettres de l’alphabet.
Certaines, voyelles ou consonnes, sont simples, c’est à
dire composées d’un seul phonème : a,b,c,d,e,g,i,j,k,o,p,q,t,u,v,ww,x,y,z.
D’autres, toujours des consonnes, sont doubles en quelque sorte
: f (eff’), h(ach’), l(ell’), m(èmm’), n(ènn’), r(èrr’),
s(ess’), c’est à dire qu’elles sont composées d’une voyelle
sonore, qui est toujours “è” suivies d’une consonne puis d’une voyelle
sourde qui permet la liaison.
Cela offre la possibilité de composer un second phonème
avec le mot suivant. Deux consonnes doubles permettent ainsi trois phonèmes.
lm : elle ai-me.
Beaucoup de lettres rien qu’à elles seules, constituent
des mots.
h : hache
d : dé,dais,dès
j : gît
k : cas
l : aile,elle.
g : j’ai, jet, geai.
D’emblée on constate que les homonymies sont nombreuses.
Le plus souvent, plusieurs signes sont associés pour former
un texticulat.
Une constatation fondamentale s’impose. De nombreux mots n’existent
qu’accompagnés d’une particule antécédente (plus rarement
subséquente) nécessaire, coagulée.
Le verbe français “lutter” n’existe que sous la forme lut :
“et lutter” (ou encore “ai lutté”). mais “lutter” “luttait”, tout
seuls ne peuvent pas se construire.
De même il existe sot : “et sauter” (“ai sauté,
est sauté”....), mais on ne pourra pas écrire “(je) saute”,
“(je) sauterai”.
Même chose pour les noms, flx : “et Felix” se peut, mais
“Félix” tout court , non!
Les adjectifs également enfin, sakd : “et saccadé”
ou “est saccadé” . Mais il est impossible de construire isolément
le texticulaire “saccadé”.
Est appelée particule nécessaire, ou encore particule
forcée, cette particule sans laquelle le texticulat ne peut pas
se construire.
On peut aussi tout simplement l'appeler préfixe ou suffixe -
ce que nous avons fait dans ces dictionnaires.
* *
*
Extension de la liste des signes utilisés
Cela amène à la première extension de notre
alphabet. Officiellement, la 5e lettre de l’alphabet,“E”, se prononce “e”.
Toutefois, pourquoi ne pas annexer les formes é et è,
qui sont tout de même partie intégrante, quoique amendée,
de notre alphabet?
D’autant que cette annexion élargit considérablement
le champ de notre littérature, qui sans cette possibilité,
se trouverait réduite à si peu de choses.
Cette extension impose, pour des raisons de pure technique scripturale,
d’écrire les texticules en minuscule, pour bien distinguer é,è,et
e.
Mais rien ne s’oppose, dès lors qu’on possède une
police de caractères permettant de poser l’accent sur les majuscules,
d’utiliser les majuscules! .
Les chiffres et les nombres.
Cette première extension ayant été faite,
survient une deuxième possibilité : peut-on inclure ou non
les chiffres?
Certes, ceux-ci n’appartiennent pas à l’alphabet proprement
dit. Mais le but de cette littérature étant de réduire
les textes au signe de leur phonème, l’utilisation des chiffres
semble licite.
D’autant que par cette seconde extension, nous nous enrichissons
considérablement. Accepter l’usage des chiffres, c’est se donner,
outre les numéraux, cela va de soi, le pronom indéfini “un”
(1), la particule conjonctive “de” (2), la particule “si” (6), etc.
Ceci étant admis, un problème se pose.
Nos chiffres ont souvent deux prononciations, selon qu’on fait
ou non la liaison, qu’on sonorise ou non leur consonne finale.
Ainsi, 6 a pour prononciation officielle “sisse”.
Mais on prononce “si mille” plutôt que “sisse mille”.
Un excès de rigueur, qui aurait consisté à
n’accepter que la prononciation “sisse”, outre son illogisme, nous aurait
privé de ce “si” gramatical si utile, comme de o6 : aussi.
Le même raisonnement vaut pour 5 qui se prononce “cinque
mille” mais aussi, ou plutôt, “sin mille”.
Nous avons donc .
5 : “cinque” ou “sin”
6 : “sisse” ou “si”
Autre petit problème concernant le chiffre 1.
Il se prononce évidemment “un”.
Mais au féminin il fait “une”. A notre époque de
parité homme/femme il semblait acceptable sinon recommandable de
lui accorder ces deux prononciations, ce qui fournit quelques texticulats
de plus, comme 1i6t : unicité
Nous terminerons avec le délicat problème des nombres.
Avec 45,87,18, nous sortons évidement des limites qui
sont les nôtres : écrire des textes en utilisant rien que
les signes de l’écriture.
Toutefois, quoique arithmétiquement parlant 10 soit un
nombre, pour le sens commun il est un chiffre au même titre que les
9 premiers. Il désigne notre dixième doigt.
Il était donc acceptable de l’inclure dans la liste des
texticulèmes. Il l’enrichit du phonème “di”, et nous offre
comme sur un plateau plusieurs conjuguaisons du verbe “dire” (dis,dit...).
A propos de 10, notons que comme 6, il admet deux prononciations : “disse”
ou di” (comme dans dix-mille).
Mais jusqu’où étendre l’usage des nombres?
11,20,30,cent, mille?
Faisons le remarque suivante.
Si 485 est comme un mot, composé de plusieurs chiffres,
10, 100, 1000 même, sont bien des entités. Qu’ils s’écrivent
avec plusieurs chiffres est une affaire de convention, d’origine indienne
(l’apport du zéro), mais dans de nombreuses langues, le chinois
et le japonais par exemple, le romain (pour dix, cinquante ,cent et mille),
ils ont aussi leur signe.
Acceptons-donc les nombres “simples”, c’est à dire dont
la prononciation ne résulte pas de la coagulation de plusieurs chiffres.
12,13,20,30 d’accord, mais pas 17, ni 18, ni 21, ni 112.
Cette dernière annexion accroît encore un peu les potentialités
de la littérature texticulaire.
Ainsi, par exemple, avec 20, nous avons le “vin” et le verbe
“vint”.
Avec 100, nous avons l’adverbe “sans”, si précieux, et la locution
préverbale “s’en...”.
Avec 1000, nous avons “mit le”.
Avec 13, nous avons “très...+ Z’ (c’est à dire que “très”
doit obligatoirement être suivi d’un phonème commençant
par z’).
Par exemple, 13.lé : très zélée.
Ceci nous fait poursuivre avec une remarque.
L’utilisation des nombres oblige, afin de les différencier
de l’usage de chiffres purs, à les isoler pour qu’il soit bien compris
qu’on doit les prononcer en tant que nombre.
Par exemple, 131101 écrit sans séparateur peut
induire en erreur, et se prononcer : un trois un un zéro un, ce
qui ne signifie rien
Pour bien faire comprendre que c’est de “treize indiens” qu’il
s’agit, on utilisera par convention le point comme séparateur, avant
et après le nombre (13.1.10.1).
Le point apparaît plus discret que le tiret qui allonge et alourdit
le texticulat.
De même, é.1000.iné. : Emilie est née. (ou
“Emile y est né”).
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Mode d'emploi de ces dictionnaires.
Sont appelés texticulaires les mots ainsi composés.
Et texticulats les signes alphanumériques qui servent à
les composer.
Ils sont rangés sur deux colonnes principales : à gauche
le mot (texticulaire), à droite les signes utilisé (texticulat).
Des colonnes adjacentes viennent compléter chaque tableau
: les préfixes nécessaires ou les suffixes nécessaires
s'il y a lieu.
Par exemple "uz" permet de faire "user" ou "usé(e)"à
condition d'être suivi d'un mot qui accepte de commencer par "D"
(puisque "z" se prononçant "zed'" nécessite une liaison impérative).
Si "usé" tout seul est impossible, on peut faire "usé
d'acides" (uza6.2). En ce cas un (D') adjacent au mot indique la
nécessité d'une liaison suffixale.
Et puisque nous usons et abusons du verbe "nécessiter", on note
qu'il peut s'écrire nsé6t, mais à condition
d'être impérativement précédé du son
"é" comme dans "et nécessiter". Là encore ce "préfixe
nécessaire" est indiqué dans une colonne latérale.
Enfin les variantes orthographiques (concernant surtout les
différentes possibilités conjugatoires des verbes) occupent
une autre colonne accessoire. En effet, cc peut se lire : cesser,
cessai ou cessé.
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*
Compte-tenu de la pauvreté du matériau utilisable
nous nous sommes accordé quelques "licences poétiques" dans
l'emploi des lettres, surtout relativement à leur prononciation.
Ainsi concernant les sons "é" et "è".
Par exemple la lettre "C" se prononce officiellement "cé"
et permet de fabriquer "ses" ou "ces".
Il nous a paru licite d'en "tordre" un peu la prononciation pour obtenir
"c'est" qui est officiellement phonétiquement plus proche de "cè"
que de "cé".
Pareillement "g" se prononce officiellement "gé"
Mais avec c’est faire une petite entorse que d’en permettre la prononciation
“gè” comme “j’ai” (d'autant que ce deux prononciations ne se distinguent
guère dans la langue parlée courante). Cela permet par exemple
dans le cas de g de conjuguer les verbes à la première personne
du passé. gmé : j’ai aimé.
De même nos "S" ont parfois été un
peu artificiellement mouillés.
Par exemple avec "mus1" qui devrait se lire "et muessin"
nous avons fait "et muezzin".
Etc, etc.
Il nous semble que ces licences, qui restent vénielles, demeurent
donc excusables!
Les interdire par un excès de rigidité appauvrirait considérablement
les possibilités combinatoires de l'alphabet parlant, déjà
si réduites.
Toutefois certaines sont peut-être discutables. Merci de me donner
votre opinion.
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NOTES.
(1) Pour Ki son C Crpents Ki 6flent sur vos Ttes.
(2) Histoire d'Hélène :LNNEOPY, LIATT,
LIAVQ, LIAETLV, LIAETOQP, LIAETED;
LIAME, LIAETMEEAI; LIAETDSEDIT, LIACD, LIAOBI, LIAETHT, LIAETAJT, ABC,
KOT, LIAVGT LIARITEIEDCD, AGEKC
(le e se prononce é)
Mais voir surtout à l'excellent site Fatrazie la
page "alphabet" où une quinzaine de ces phrases sont colligées.
Et au non moins excellent site d'Eric Angelini un
récit entier en alphabet parlant.